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Changement climatique et capitalisme

Changement climatique et capitalisme

« Tout peut changer, capitalisme et changement climatique » par Naomi Klein. Editions Actes Sud/Lux. Février 2015 630 pages 24€80

vendredi, 17 avril 2015 | Livres et documents
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La lettre .info

Pour comprendre la construction et le fond du dernier ouvrage de Naomi Klein, rappelons qu’il est avant tout destiné à des lecteurs Nord américains. Certains le trouveront catastrophiste, déprimant, alarmiste, pourtant la journaliste canadienne se contente d’étayer son raisonnement sur des faits et des références documentées (ce qui nous donne une forêt de notes à explorer en fin d’ouvrage).

Elle n’en est pas son coup d’essai. Elle avait publié, en 2007, « la Stratégie du choc » dans lequel elle démontrait comment « le capitalisme du désastre » instrumentalisait les crises à l’échelle de la planète pour s’en rendre maître. Entre World company et maitres du monde. L’ouvrage de 700 pages fut à l’origine d’un documentaire éponyme de 80 minutes. Une initiative qu’elle accueillit plus que froidement.

Elle persiste dans « Tout changer » en décryptant notamment le rôle des multiples accords commerciaux : traité transatlantique en gestation (Tafta), traité de libre échange Nord américain (Nafta) ou encore le traité Canada-Europe (CETA), dont peu de médias se sont fait l’écho, de ce côte de l’Atlantique, alors qu’il préfigure pourtant le Tafta.

Son propos de départ consiste à révéler l’implication du capitalisme dans le dérèglement climatique. Elle passe en revue, les symptômes les plus flagrants de l’inexorable catastrophe. Avec au passage un focus, qui a valeur d’exemplarité, sur l’île de Nauru, petite ile paradisiaque du Pacifique de 21 km2 devenue, à force de surexploitation des phosphates une déchetterie et un paradis fiscal peuplé d’obèses, mais aussi camp de rétention géant pour des milliers de réfugies Afghans, Libyens et Africains déportés et livrés à eux-mêmes. Un désastre humanitaire tel que certains d’entre eux se sont cousus la bouche avec des trombones pour tenter d’attirer l’attention des nations sur leur calvaire. De quoi passer des longues nuits blanches.

Naomi Klein s’attache aussi expliquer comment l’élaboration de solutions techniques pour contenir les dégâts de la pollution et les déséquilibres des climats n’ont fait que légitimer la procrastination de tous pour s’attaquer à la racine des transformations mortifères de la planète. Même s’il elle constate, qu’au cours des cinq ans de rédaction de son livre, les résistances se sont multipliées.

Pour elle il s’agit de sortir du libéralisme et de l’austérité, au profit d’une économie solidaire.

Elle s’interroge : « Toutefois une question cruciale se pose : un tel virage économique s’est-il déjà passé dans l’histoire ? Nous savons qu’il peut s’opérer en période de guerres, lorsque les présidents et les premiers ministres en proclament la nécessité […] En Occident, les précédents qu’on évoque le plus souvent, pour démontrer la capacité des mouvements sociaux d’infléchir l’histoire, sont les grands mouvements de défense des doits de la personne du XXe siècle (point de vue purement étatsunien marqué par les luttes contre toutes les ségrégations et notamment par le rôle phare de Martin Luther King).

Un livre vif, passionnant (politiquement un peu naïf ?), surprenant pour les lecteurs français peu habitués à des sommes aussi importantes, au mélange des genres et écrit par une journaliste.

Journaliste, essayiste et réalisatrice, diplômée de la London School of Economics, Naomi Klein est l’auteur du best-seller international No Logo, Elle participe à la rubrique internationale de The Nation et The Guardian, reportages en Irak pour le magazine Harper’s.

Voir la conférence de Naomi Klein à Paris le 30 mars (% Attac)