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Cours, cours jeune fille, le vieux monde est devant toi

Les affamés

« Les affamés, chronique d’une jeunesse qui ne lâche rien » Léa Frédeval. Editions Bayard

Elle écrit aussi vite qu’elle court. Poussée par l’urgence des cours à la fac, de son boulot de serveuse dans un bar de nuit, de ses heures de baby-sitting à assurer entre les deux.

vendredi, 14 mars 2014 | Livres et documents
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La lettre .info

En permanence la tête dans le guidon. Elle enrage contre la fatalité d’être jeune. Comme si la jeunesse était une maladie. Elle s’indigne, avec compassion, contre des parents qui n’ont toujours pas compris que leur monde à changé et que ce nous appelons, le sas, le tunnel, de la précarité n’est pas qu’un passage plus ou moins bohème, folklorique, justifié par l’entrée dans la vie d’adulte. Non, ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on vit mieux que les autres dans 9 mètres carrés. « Si l’on accepte d’être sous-payé au vu des conséquences acquises, si l’on considère que d’être humilié et de travailler plus que la normale ; on trouve du travail. C’est un fait : être jeune aujourd’hui est un argument suffisant pour rendre légitime le mépris et l’exploitation ».

Ce qui lui manque ? Votre confiance. Celle de les tous adultes, parents qui surveillent du coin de l’œil d’éventuels dérapages incontrôlés, patrons qui trouvent légitimes de leur imposer l’invivable et même des enseignants : « La plupart des jeunes étudiants travaillent et les profs le savent. Ils comprennent toujours, mais ne le prennent en compte que rarement » constate Léa Frédeval.  Parents dépassés par la réalité économique d’aujourd’hui, patrons libérés de toute bonne conscience par l’état de crise, entre débrouille et retours d’enfers existentiels, s’affirme le sentiment d’injustice et pointe la révolté contre les aînés «  on ne nous met pas au pied du mur, on vous dit juste qu’il arrive ».

Léa Frédeval nous donne ici un témoignage à fleur de peau. Elle jongle avec la toile et les réseaux sociaux et fait preuve de pertinence sociologique acquise tout au long de allers-retours Paris province, de voyages à l’étranger à l’arrache.

On s’étonnera que cette rage ne débouche pas sur un engagement. On a envie de lui dire : que fais-tu pour que ça change ? Mais retournons la question : que fait-on pour l’aider ? Est-il naturel pour un jeune adulte de se tourner vers l’engagement ? Qu’avons-nous à lui proposer ? Et comment lui proposons-nous ? Léa Frédeval représente une jeunesse majoritaire, celle qui n’a pas eu la chance d’avoir des parents militants, sans doute un peu trop bohèmes. Cette jeunesse dont il faut accepter l’existence et qui n’attend qu’un signe. Peut être un hashtag ? Il est temps d’arrêter de plaider pour les convaincus.

« Les affamés, chronique d’une jeunesse qui ne lâche rien » Léa Frédeval. Editions Bayard février 2014.200 pages. 18 euros.