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Double lecture

Le travail invisible

« Le travail invisible. Enquête sur une disparition » Pierre-Yves Gomez. François Bourin Editeur.

jeudi, 22 janvier 2015 | Livres et documents
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La lettre .info

Intéressant et… agaçant. Un ouvrage en forme d’exercice d’équilibriste neuronal. Il y est question de la disparition du travail. Comme Georges Perec, dans son roman le plus célèbre sans la voyelle « e », Pierre Yves Gomez affirme que l’économie se conjugue aujourd’hui sans le travail humain. Le Président de la société française de management, dénonce effectivement cette déshumanisation conséquence de la financiarisation des sociétés, de « l’économie de la rente ». Il pointe aussi la survalorisation des critères de performance et prône une réappropriation d’un travail émancipateur.

Pourtant, certaines de ses analyses, selon lui frappées du sceau « du bon sens », expression fréquemment employée, demanderaient à être précisées. Quand par exemple Pierre-Yves Gomez évoque la rémunération des actionnaires des sociétés, il travaille à l’emporte-pièce  : « Il est prudent d’évaluer l’impact du versement des dividendes par les grandes entreprises, sur, par exemple le financement des retraites[…] On fait rarement le lien entre la rémunération du capital et donc la valeur pour l’actionnaire et le fait que les épargnants minuscules et anonymes bénéficient de cette rémunération »…Cette vérité partielle demande à être détricotée.

L’auteur consacre aussi un chapitre à la recherche. On sent globalement une certaine méfiance sinon réticence face à l’innovation. Il dénonce aussi « la course à l’innovation » qui comme un miroir aux alouettes font « rêver les investisseurs, promettre des gains élevés aux épargnants », course « amphétamine de l’économie de marché. Mais pas de véritable analyse sur la paupérisation de la recherche.

En revanche, lorsqu’il souligne que l’innovation se traduit aussi pour les sociétés par une volonté « à changer en permanence de modèle d’affaires pour conserver une longueur d’avance dans la compétition », on ne peut qu’approuver. Les banques sont bien éligibles au crédit emploi recherche dans le domaine de l’ingénierie financière.

L’ensemble de l’ouvrage balance entre ces réflexions ambivalentes. « On oppose souvent dans le langage l’économie « réelle » à l’économie financière et cette opposition est inexacte. La financiarisation est bien réelle, mais occulté par le fait que le travail des humains est au principe de l’économie » pour conclure « l’abstraction de l’économie en a fait une science morte, comme on dit de certaines langues qui sont mortes : personne ne les parle sinon les linguistes spécialisés ».

Des propos que n’auraient pas reniés Bernard Maris.

« Le travail invisible. Enquête sur une disparition » Pierre-Yves Gomez. François Bourin Editeur. 250 pages. 22€