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Eloge de l’horizontale

Comme si nous étions libres

« Comme si nous étions déjà libres » par David Graeber, traduit de l’Anglais par Alexie Doucet.

Ames politiquement sensibles, cet ouvrage contient des passages qui peuvent heurter certaines personnes. Mais il ne faut jamais s’interdire d’aller voir ailleurs comment ça se passe.

vendredi, 02 mai 2014 | Livres et documents
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La lettre .info

En l’occurrence le ça s’avère être la dynamique qui s’est mise en route aux Etats-Unis avec le mouvement « Occupy Wall street » et qui a conduit des centaines de jeunes américains attirés par « l’euphorie des possibilités infinies », en 2011, à occuper la rue face à la bourse de New York.

Lire David Graeber (1), c’est un peu comme assister à la création d’un réseau clandestin avec rendez-vous dans des endroits improbables, discussion infinies entre des jeunes artistes, des intellectuels, des étudiants, des traders défroqués, mais aussi des « anciens » de la place Tahrir. « En automne 2011, nous avons presque tous l’impression d’être à l’épicentre d’une révolution mondiale. Tout arrive à une vitesse foudroyante, pendant que la vague de turbulences, partie de Tunisie, menace d’engloutir le reste du monde »

A l’origine de la contestation la crise, biens sûr, mais aussi la remise en cause, selon l’auteur, du néolibéralisme qui permet par exemple en 2009, à la banque of America de réaliser des profits de 4,4 milliards de dollars, sans payer aucun impôt et d’obtenir 1,9 milliards de crédit d’impôt.

Les réflexions générées par ce bouillonnement débouchent sur le besoin de requestionner la démocratie « parce que, malgré leur esprit démocratique, les Américains n’ont aucune expérience du processus de délibération démocratique. »

Ainsi, Le mouvement se veut une « politique préfigurative et organisationnelle » de sa démarche et s’impose de vivre son projet démocratique à l’horizontal contre le vertical, grâce notamment à l’utilisation naturelle et commune des réseaux sociaux. Et le projet se construit en permanence dans l’échange, dans le flux. Avec comme credo la liberté alors que « les Américains se contentent de voir ces libertés civiles comme une monnaie d’échange, à ne défendre que lorsqu’il est stratégiquement avantageux de le faire »

Ces réflexions s’attaquent au dogme « néolibéralisme » dans un pays ou poser la question transforme illico celui qui s’y risque en déviant. David Graeber constate : « La plupart des innovations économiques [aux USA] des 30 dernières années ont davantage de sens sur le plan politique qu’économique. En remplaçant les emplois à vie par des contrats de travail précaires, c’est sûr qu’on n’améliore pas le rendement […] C’est aussi une façon efficace de détruire les syndicats et de dépolitiser la main-d’œuvre. Quand on travaille 60 heures par semaine, il ne reste plus de temps à consacrer aux activités politiques.»

 Avec Occupy Wall street : « Je pense qu’on assiste au début d’une transformation de la culture américaine » avance David Graeber.
Est-ce Le renouveau de la contre culture Nord américaine ? Ou pourquoi pas la construction d’une autre ? A suivre…

« Comme si nous étions déjà libres » par David Graeber, traduit de l’Anglais par Alexie Doucet. Editions Lux, Instinct de liberté (Montréal. Québec). Mars 2014. 280 pages 22 euros.

(1) Lire aussi dans les chroniques « Dette 5000 ans d’histoire » du même auteur. Editions les liens qui libèrent. David Graeber est professeur d’anthropologie à la London School of Economics