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J’ai demandé un rapport

J’ai demandé un rapport

Dans cette sympathique petite collection, Antidote, l’ouvrage de Mathias Roux, professeur de philosophie en Normandie, fait l’effet d’une coupe de bon champagne, rafraîchissante avec des bulles qui viennent chatouiller les narines.

vendredi, 07 octobre 2011 | Livres et documents
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La lettre .info

Poser la question : « la politique est-elle une affaire d’experts?» revient aussi à soulever celle de la démocratie contre le peuple.

Mathias Roux s’ inquiète car le pragmatisme et le réalisme, devenus piliers de la pensée unique, ne laissent la place qu’à une expertise dominante, faisant de l’ apolitisme une vertu majeure du citoyen. Cette acception tend à rejeter aux vieilles lunes toute autre dialectique ou outils d’analyses. Il évoque « un apolitisme militant du recours à l’ expertise qui brouille les frontières entre les catégories qui servent à nous orienter dans le monde, tant du point de vue de la pensée que de l’action ».

Convoquant l’incontournable Bourdieu, il dénonce avec lui les sondages en tant que constructions: «le plus souvent une enquête d’opinion somme les gens de répondre sur des questions soit qu’ils ne se posent pas du tout, ou bien alors en des termes très différents, soit en leur soumettant une liste réduite de réponses, dans laquelle ne figure pas celle qu’ils auraient librement pu livrer ».

Une démocratie d’opinion dévalorisant tout engagement supposé idéologique. La démocratie serait-elle synonyme de consensus mou ? La politique serait-elle trop complexe pour faire l’objet de prises de positions radicales ? Les rendez-vous avec Aristote, Machiavel, Bourdieu et autres ont encore de l’avenir et c’est tant mieux.

« J’ai demandé un rapport » par Mathias Roux, éditions Flammarion, collection Antidote, 2011, 122 pages, 8 euros.