Menu

Les coulisses de la finance

Les banksters

« Les banksters, voyage chez mes amis capitalistes » par Marc Roche. Albin Michel.

vendredi, 17 octobre 2014 | Livres et documents
Imprimer

La lettre .info

Cet ouvrage nous donne à voir « la finance » sous un angle inédit. Celle d’un journaliste financier du quotidien Le Monde et qui assume son libéralisme. On devrait lire plus souvent les rédacteurs spécialisés sur la bourse. Ils nous apprennent que certains « grands argentiers » boivent du vin rouge et d’autres subtilisent des gâteaux au cours de l’anniversaire de leurs enfants ou encore épousent une jeune analyste du sérail, ce qui est strictement interdit par le code de déontologie de leur banque.

Mais le tableau du monde de la finance internationale brossé par Marc Roche, ressemble plus à un Jérôme Bosch qu’à une aquarelle de Marie Laurencin. Et ses enquêtes le conduiront jusqu’à Nauru, caillou au milieu du Pacifique et paradis fiscal où il est échouera dans un mauvais western sous le soleil, dans la poussière et les relents nauséabonds, au propre comme au figuré.


On y apprend aussi que l’ex-Premier ministre Tony Blair « pèse » aujourd’hui entre 150 et 300 millions d’euros et qu’il lui arrive de facturer un million d’euros de commissions pour trois jours de travail.  Autant d’anecdotes réjouissantes ou édifiantes qui ponctuent un texte très documenté et des analyses d’autant plus pertinentes qu’elles émanent d’un homme du sérail.


Aujourd’hui, Marc Roche est un journaliste qui doute face aux pratiques quasi mafieuses d’un monde fermé, dominé par l’opacité et l’impunité arrachée soit par chantage, soit par prévarication. Un monde qui pratique l’infiltration des milieux politiques, place ses anciens collaborateurs au poste clefs de l’économie mondiale où évoluent des acteurs omniprésents comme la JP Morgan Chase ou Goldman Sachs collé de son poisson pilote le cabinet conseil Mc Kinsey (ils décernent ensemble le prix Business School of the Year) et dont les travaux abreuvent toutes les institutions politiques y compris nos ministères.


Dans ce livre, il est question aussi des grandes messes comme Davos, prisé par les décideurs de la « world compagny » et les médias, mais aussi celle dite de Bilderberg (en fait à Watford, banlieue résidentielle sans âme au nord de Londres) qui se déroule au Grove hôtel et présidée par Henri de Castries Pdg d’Axa. D’autres réunions, plus discrètes encore sont convoquée par la Société du Mont Pèlerin fondée par le Crédit suisse en 1947…la Trilatérale, la Dichtney fondation, qui fonctionnent comme des sociétés secrètes disons, sociétés d’intérêts communs pour ne pas tomber dans le conspirationnisme.


Tout est factuel dans ce livre et l’auteur fait référence en son domaine et sera même auditionné par la commission d’enquête du Sénat sur le rôle de banque dans l’évasion fiscale 27 juin 2013.


Selon Marc Roche, si les régulateurs de la finance commencent à reprendre (un peu) la main depuis la chute de Lehman Brothers, de nouvelles bombes à retardement sont susceptibles de relancer la machine à krach : « Il existe des armes de destruction financières dont on parle peu et qui peuvent se révéler redoutables : les prêts étudiants aux Etats-Unis, la banque de l’ombre (shadow banking) de la Chine et les produits dérivés (qui furent à l’origine de la crise de 2008)».


Il avance l’idée de la construction d’un plan universel « les Tables de la Loi des dix principes » qui pourraient permettre d’écarter le spectre d’une nouvelle crise financière comme freiner la course au gigantisme des institutions financières, l’intervention accrue des pouvoirs publics, mettre le public à l’abri grâce à de nouveaux critères de solvabilité bancaire ou encore la réduction des rémunérations trop élevées des banquiers…

Un livre noir, mais passionnant.

 

« Les banksters, voyage chez mes amis capitalistes » par Marc Roche. Albin Michel, septembre 2014. 235 pages 18 €