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L’explosion du journalisme, une crise d’identite

L’explosion du journalisme, une crise d’identite

« Pour Ignacio Ramonet, la presse traverse aujourd’hui une crise d’identité sans précédent avec un internet omniprésent, devenu à lui-seul le média universel et permanent. En imposant l’immédiateté comme critère à l’information, c’est, non seulement toute la presse qui est ébranlée, mais aussi le métier de journaliste ». C’est ainsi que nous présentions le livre d’Ignacio Ramonet en Octobre dernier dans le premier numéro Cadres Infos Livres et Documents. Nous ne pouvions faire moins qu’inviter l’auteur de «L’explosion du journalisme» pour une rencontre au cours d’une soirée-débat.

vendredi, 27 janvier 2012 | Livres et documents
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La lettre .info

« Le web est une météorite qui s’est abattue sur la planète information » attaque l’ancien directeur de la rédaction du Monde Diplomatique. On sait ce qu’il advint des dinosaures quelques temps après l’impact, dans la péninsule du Yucatan. L’auteur affirme que, à tout le moins, nous vivons la plus grande révolution de l’information depuis l’invention géniale de l’imprimerie attribuée à Gutenberg en 1440. Et le web rassemble tout, texte, son, images, bousculant les médias spécialisés et leurs machines, rendant déjà obsolète le concept de multimédia. Signe des évolutions en cours, Kodak vient de déposer le bilan en ce début d’année 2012. Mais la fin de Kodak annonce-t-elle la fin des photographes ou du cinéma ? Sans doute pas. De son côté, la presse papier subit les conséquences de ce nouveau venu (1989). Des journaux ferment et/ou développent leur version web. Mais les publications électroniques restent en quête d’un modèle économique viable, à l’instar de Mediapart ou de Rue89, qui peinent à trouver leur équilibre. En redéfinissant ainsi les médias, on redéfinit aussi les pouvoirs. Ce qu’on a coutume de qualifier de «quatrième pouvoir», la presse, était entre les mains de dépositaires d’idéologies bien identifiées. Aujourd’hui, la multiplication des sources permet à certains d’avancer masqués ou simplement de brouiller les cartes. Mais d’où parlent tous ces informateurs?

Pour Ignacio Ramonet les journalistes sont en pleine crise identitaire «tout le monde est journaliste sur le web». Pourtant, «dans journaliste, il y a journal et analyste», décortique notre invité, admettant que la fonction même du journaliste ne se réduit pas à exposer des faits. Cette règle fut longtemps enseignée dans toutes les bonnes écoles et martelée aux impétrants plumitifs dans toutes les rédactions : «des faits, toujours des faits, rien que des faits». Mais les faits sont-ils la vérité? Dans la presse anglo-saxonne apparaissait alors un repère inébranlable, à peine éraflé par le nouveau journalisme Gonzo et la subjectivité érigée en méthode d’enquête, tout droit importé des États-Unis, représenté en France par Actuel et Libération dans les années 1970-1980.

Si sur le web tout le monde peut être journaliste, avec le web tout le monde a accès à l’information. Jamais, nous explique Ignacio Ramonet, il n’a été aussi facile d’être informé, jamais il n’a été aussi aisé de construire une information, jamais, l’information n’a circulé aussi vite. On peut légitimement s’interroger, sur le temps réel. Le temps réel ne tue-t-il pas l’information ?

L’exemple de Wikileaks est sans doute appelé à devenir un cas d’école. Au nom de la démocratie, les deux séries de télégrammes, la première sur la guerre des américains au Moyen-Orient et une autre sur la politique étrangère de Washington, lancée sur le site valent à son créateur, Julian Assange, les foudres de tous les acteurs de l’information. Il est même accusé de viol, ou de « sexe par surprise », en Suède. De toutes les façons, il devient l’homme à abattre par tous les moyens. «Les médias ont voulu tuer Wikileaks», constate Ignacio Ramonet. Mais la masse d’informations jetée sur Wikileaks, n’a qu’une valeur d’affichage pour les non spécialistes, même journalistes. Et les accords passés avec les principaux quotidiens mondiaux comme le New York Times, Le Monde, El Pais ou Der Spiegel, mobilisent des staffs de centaines de journalistes avec pour mission de trier, d’organiser, de mettre en perspective cette manne informe, redonnant ainsi leur rôle aux journalistes.

Ignacio Ramonet aborde alors la question de la démocratisation de l’information de masse, de l’illusion de sa démocratisation, du risque de la communication de masse. Pour lui « Ce qui se produit sur le web, c’est du commentaire, du commentaire de commentaire, qui entretient une confusion permanente [Ndlr : entre information et communication], c’est une tautologie ». Son message est clair : restons vigilant si nous ne voulons pas que le web devienne «le café du com- merce à l’échelle planétaire». «Mais la société pour être démocratique aura toujours besoins d’un journalisme libre» affirme-t-il