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L’image partagée, la photographie numérique

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L'image partagée

« L’image partagée, la photographie numérique » par André Gunthert. Editions Textuel.

La lettre hebdo

La photographie numérique a-t-elle signé l’arrêt de mort de la photographie ? Fait-elle de chaque citoyen un journaliste en puissance ? Est-elle l’élément constitutif d’une autre culture ? D’une culture « geek », de partage ? Avec le numérique la photographie se transforme-t-elle en image conversationnelle ? Et le selfies dans tout ça ?

André Gunthert nous livre, avec cet ouvrage, une compilation chronologique de ses interventions d’enseignant chercheur à l’EHESS, spécialiste de l’usage des réseaux sociaux des images. Une initiative qui permet une mise en perspective des bouleversements qui ont touché tous les domaines de l’image depuis les années 90. Des bouleversements techniques, sociaux, économiques et sociétaux. Il nous amène aussi à nous interroger sur l’œuvre, l’art et l’artiste de la photographie.

Il nous confronte à une vision fantasmée de la photographie d’avant le numérique, une photographie « pure » forcément vraie. Or, depuis que l’image argentique existe, elle n’a cessé d’être manipulée à l’exemple de ces photos officielles où, d’une année sur l’autre, disparaissaient des acteurs politiques essentiels, à l’instar des représentations et des noms des pharaons de l’Egypte ancienne, martelés par leurs successeurs. C’est oublier aussi que l’œil du photographe n’a jamais été neutre et à façonné l’information contenue dans l’image.

Mais le tôlé soulevé par l’utilisation du fameux logiciel PhotoshopR par un lauréat du World press témoigne aussi que la photographie peut être considérée comme une œuvre à part entière. Position tranchée, sans doute hypocrite à postériori, mais toujours dans la philosophie de manifestations incontournables comme les rencontres d’Arles où les images restent, malgré la scénographie, suspendues aux cimaises. Et pourquoi pas ?

Socialement, l’avènement du numérique a sapé les convictions des photoreporters, des photojournalistes pour lesquels, souvent la profession était une profession de foi : « donner à voir » ce que les autres ne peuvent voir. Porter la photo dans la plaie. Et ce sont bien les correspondants de guerre qui ont provoqué l’arrêt de la guerre du Vietnam. Des personnalités fortes comme Gilles Caron co-fondateur de l’agence Gamma, tué par le Khmers rouges près de Phnom Penh en 1970. Mais la disparition progressif du photojournalisme est aussi du à la crise de la presse, à la baisse drastique des moyens qui permettaient à ces « princes » de l’image de s’immerger longtemps, souvent à leurs risques et périls, dans leurs sujets. On les trouve aujourd’hui à « Visa pour l’image à Perpignan » où ils ne cessent de s’interroger sur leur avenir.

Les images numériques des citoyens n’ont pas tué les photographes. C’est le genre photojournalisme qui disparaît, à des rares exceptions près.

Les images des citoyens ordinaires restent sur des plateformes de partage et n’en sortent qu’en de rares circonstances (catastrophes ou attentats, photos volées de poeple...). Sont-elles des supports d’informations ? Peut-on les transformer comme tels ? En changeant de réseau, sans doute. Elles n’ont de signification probante que dans leur écosystème numérique, dans cette autre culture qui se construit.

Quant aux selfies, ils ne représentent que 3 à 5 % des images des plateformes, mais sont riches d’enseignements. C’est une image-message qui répond à la question « what you’re doing now ? » et suscite une autre réponse dans un système d’information encore parallèle. C’est aussi une question à discuter.

Essentiel et passionnant.

« L’image partagée, la photographie numérique » par André Gunthert. Editions Textuel. Septembre 2015. 176 pages 25 €

Publié le mercredi, 28 octobre 2015 dans Livres et documents

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