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Marché noir et cahiers du lait

Evasion fiscale

« La femme qui en savait vraiment trop, les coulisses de l’évasion fiscale en Suisse » par Stéphanie Gibaud.

jeudi, 13 février 2014 | Livres et documents
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La lettre .info

Les pratiques illégales d’évasion fiscale de la célèbre banque Suisse UBS ont été habilement exposées dans l’ouvrage d’Antoine Peillon « Ces 600 milliards qui manquent à la France » (Seuil 2012). Stéphanie Gibaud, spécialiste du marketing et de la communication chez UBS, une des principales sources du journaliste, nous livre ici sa vision de l’intérieur de l’institution, pendant les événements. Son récit nous donne à suivre plusieurs pistes parallèles : les répercussions et la panique managériales entraînés par l’action de la justice, la position des lanceurs d’alerte, le harcèlement brutal et à la fois sophistiqué dont elle fut la victime, ainsi que le rôle des IRP dans la tempête, de la médecine du travail, de l’inspection du travail, des les prud’hommes, des avocats.


Tout a commencé par un ordre : « Ecrasez tous vos dossiers » suivi quelques temps plus tard d’un « détruisez les documents contenus dans vos armoires ». Sa supérieure hiérarchique, dynamique transfuge récent de la BNP, lui demandait simplement de détruire près de 10 ans de travail, de relations, elle qui était chargée d’organiser les fameux événements au cours desquels les spécialistes de l’optimisation fiscale de la Banque suisse venaient chasser le client. Un ersatz de marché noir où les « carnets du lait » recensaient les sommes détournées vers le bon beurre des paradis helvètes. Face à son refus, la hiérarchie, désarçonnée, met en route dans l’urgence une machine destructrice : téléphone sur écoute, menaces à peine voilées, guerre psychologique souterraine, intrusion ans son ordinateur et falsification de dossiers disparus et réapparus, manœuvres judiciaires, déclassement professionnel et social. Rien ne sera épargné à cette mère de deux enfants au bord de la rupture permanente. De son côté, elle se bat enchainant rendez-vous secrets avec d’anciens salariés, et actions en justice. Dans cette dramatique, des épisodes cocasses. Ainsi ses conversations téléphoniques en temps réel à Roland Garros avec une inspectrice des douanes françaises alors qu’elle est face aux limiers chasseurs de fortunes suisses d’UBS : « Comment sont-ils habillés ? A quel rang ? Et sur quel cour ? ». A noter aussi page 202, la lettre d’un ancien salarié adressée au CE, aux représentants des salariés, au CHSCT qui dénonce avec une précision d’horloger les démarches illicites des chargés d’affaires suisses, un «  blanchiment en bande organisée de la fraude fiscale ».


Un témoignage effarant sur le harcèlement au travail. Un livre efficace, rapide où beaucoup se reconnaîtront.

 


« La femme qui en savait vraiment trop, les coulisses de l’évasion fiscale en Suisse » par Stéphanie Gibaud. Editions du Cherche Midi. Février 2014. 220 pages. 17€