Menu

Philoscopie

gouvernement des émotions

Le gouvernement des émotions et l’art de déjouer les manipulations  par Pierre Le Coz

mercredi, 04 février 2015 | Livres et documents
Imprimer

La lettre .info

« L‘émotion est le cheval de Troie de la manipulation » affirme Pierre Le Coz, professeur de philosophe, président Comité de déontologie et de prévention des conflits d’intérêts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES).

Avec cet ouvrage, l’auteur nous prend à témoin face aux habitudes médiatiques qui, depuis dix ans, inondent de faits divers les unes et les écrans. L’émotion est devenue le moteur de l’Office de justification de la diffusion (OJD), de l’audimat et des taux de fréquentation des sites web. Il interroge aussi les politiques qui confondent programmes et stratégies de communication en prise directe avec l’immédiat émotionnel.

Son argument : l’émotion joue contre la raison, facilité la manipulation. C’est le règne de la surenchère verbale : un courant d’air devient ouragan, une crue un tsunami, une avance de 2% aux élections un raz de marée…

Pierre Le Coz déplore l’absence de hiérarchie de l’information qu’il impute « aux journalistes ». Aux « nouveaux sophistes » dit-il. Comme s’il n’existait pas de hiérarchie dans la presse. Mais qu’y a-t-il de commun entre un directeur de groupe de presse, issu d’une école de commerce aussi brillante soit-elle, et un rédacteur en chef, un chef de rubrique ou encore un pigiste ? Aujourd’hui, pour faire simple, les journalistes ne décident plus de ce qu’ils mettent sur 5 colonnes à la une, en ouverture du JT. Le choix incombe aux intérêts commerciaux car il faut « vendre du papier » ou du temps de cerveau disponible (à des degrés plus ou moins élevés selon les titres). La transmission de l’information est souvent devenue un hochet, un cache sexe que l’on sort par temps de contestation pour se draper dans une probité magnifiée (d’une feuille de vigne). Fin du couplet.

Cette kermesse aux émotions qu’est devenue l’information, se résume à une mise en intrigues médiatiques favorables angoisses collectives. Mais pas seulement. « Ce qui fait vendre, c’est le franc parlé », ou supposé tel, argumente le philosophe. Le succès de certains éditorialistes, de scène ou de papier, conforte cette affirmation et démontre que l’émotion, affublée du « bon sens » amène à la confusion entre police et justice, respect de la loi et vengeance. Appel et pousse au crime.

Il faudrait aussi ajouter à ces questionnements l’influence de la composante numérique et de l’accélération du temps médiatique. 140 signes pour une émotion… Twitter un bon véhicule et le fait objectif transmute aisément le temps de la lecture en émotion.

Pierre Le Coz s’interroge : « Comment raisonner avec nos émotions et échapper à la désinformation. » Il balaie le stoïcisme, pour affirmer qu’il faut déjouer l’émotion par d’autres émotions. Ce qu’il nomme un jeu de la révision émotionnelle.

Le philosophe accorde une place particulière à l’indignation. Mais révèle-t-elle un besoin de vengeance ou plutôt de justice comme il l’affirme ? L’Indignation est-elle une émotion révolutionnaire par excellence s’interroge-t-il ? S’indigner et après…

Alors, devenons-nous nous « addicts » aux émotions, comme Pierre Le Coz le suggère, bipolaires avec une propension nette à l’inquisition et à la régression ? « Quand nos émotions sont dévoyées, c’est le sens critique qui s’en trouve altéré. »

La philo ouvre les questions après… Revigorante piqure de rappel.

 

Le gouvernement des émotions et l’art de déjouer les manipulations  par Pierre Le Coz, Albin Michel 200 pages 15 €