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Rencontres d'Options : Éthique professionnelle, citoyenneté et droit d'alerte au travail

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Conclusions et extraits en texte et en images de cette journée du 28 janvier 2016. Si vous n'avez pas pu assister aux Rencontres, cet article vous en donnera un aperçu complet et synthéthique. À diffuser auprès de tous celles et ceux qui s'interrogent aujourd'hui sur la démocratie dans l'entreprise, les lanceurs d'alerte, et le rôle individuel et collectif au travail des salariés qualifiés.

Sommaire 

 


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Ouverture des Rencontres d'Options,
par Sophie Binet 

Nous avons fait le choix d'ouvrir ces rencontres d'options avec Edwy Plenel et Antoine Deltour parce que comme eux, nous pensons que nous vivons un moment de basculement, et que la question démocratique, que nous avons peut être trop longtemps considérée comme secondaire, est centrale pour rouvrir des perspectives de progrès.

Nos démocraties, construites sur les ruines des totalitarismes, n’ont jamais été aussi fragilisées depuis la deuxième guerre mondiale.

  • Fragilisées par la surveillance généralisée mise en place par les Etats, utilisant le prétexte de la lutte contre le terrorisme. Les attentats en France ont démontré que la surveillance de masse n’avait jamais déjoué un seul projet d’attentat. pourtant, cette logique est amplifiée avec la constitutionalisation de l’état d’urgence alors que ce sont les moyens d’investigation qu'il faudrait renforcer.
  • Fragilisées par la globalisation, la mondialisation financière et la concentration des richesses, qui permettent aux 1% qui détiennent 50% des richesses du monde de s’affranchir de la souveraineté des peuples et des 99%.

Hasard du calendrier, c'est aujourd'hui que la directive sur le secret des affaires est soumise à la commission des affaires juridiques du Parlement européen, en toute opacité puisque le projet de texte n’est même pas en ligne sur le site du parlement européen !

Elle est la parfaite illustration des reculs démocratiques à l'œuvre. Personne ne demande cette directive, au contraire, tout le monde y est opposé : Repoussée 2 fois en France, elle rassemble contre elle 400 000 signataires de pétition, toutes les Organisations syndicales et ONG, qui ont signé l'appel européen initié par l'Ugict en mars dernier. Nous savons maintenant que la directive est issue du lobbying de quelques multinationales, et qu'elle s'intègre dans le traité transatlantique de libre échange.  Pourtant elle continue son chemin en toute opacité et sera, si la commission JURI la valide aujourd'hui, soumise en avril en séance pleiniere du parlement européen.

Nous vivons depuis le début du 21e siècle un moment de basculement. Le libéralisme, doctrine majeure depuis la révolution industrielle, s’est construit en liant le libéralisme économique au libéralisme politique. En expliquant que l’économie de marché était la garantie de la démocratie. Le capitalisme a plié le communisme sur la question de la démocratie. Maintenant que le mur de Berlin est tombé, la caution démocratique n’est plus nécessaire. Aujourd’hui, non seulement, l’économie de marché ne garantit en rien la démocratie, mais le marché est son premier adversaire, l’exemple grec en est la parfaite illustration

L’enjeu, pour rouvrir un horizon de transformation sociale, c’est bien de permettre aux 99% de retrouver la maitrise de leur destin. Le combat apparaît titanesque mais nous avons de sérieux  points d’appuis.

4 points d'appui

1- D’abord le nombre : ils sont puissants mais très peu nombreux. Nous sommes les 99%, et c’est l’objectif de la CGT et de son Ugict, en traitant les spécificités issues des rapports sociaux, de rassembler le monde du travail

2- Ensuite l’élévation du niveau de qualification, en France et dans le monde la population n’a jamais été aussi éduquée. On touche d’ailleurs une contradiction du capital : élever le niveau de formation permet de dégager de nouveaux gains de productivité mais cela confère aussi une capacité d’analyse, de critique, d’argumentation qui est un point d’appui déterminant. Si les révolutions se sont produites dans le monde arabe, et si c’est la  Tunisie qui les initiées, c’est parce que la contradiction entre un niveau d’éducation très élevé et la corruption et le népotisme n’étaient plus tenables. N’oublions pas qu’à la veille de la Révolution française, en 1789, la moitié de la population savait lire. Aujourd’hui, c’est près d’un jeune sur deux qui est diplômé de l’enseignement supérieur en France, ce qui confère de nouvelles possibilités de critiques, d’initiative et de créativité démocratique

C’est d’ailleurs le potentiel subversif des qualifications qui dérange. Une triple démobilisation des salariés qualifiés à responsabilité est organisée :

  • Une démobilisation de l’entreprise. 75% des cadres disent ne pas être associés aux choix stratégiques qui sont désormais effectués par les actionnaires
  • Une démobilisation du travail, avec un wall street management, un management par les coûts qui vide le travail de son sens.
  • Une démobilisation sociale, liée à la non reconnaissance des qualifications, au déclassement et à la dévalorisation professionnelle.

Notre objectif est de remobiliser nos catégories. De rompre avec la démocratie délégataire aujourd’hui à bout de souffle, et de construire au travail comme dans la société, une démocratie d’intervention, ni délégataire comme la démocratie représentative, ni de façade, comme peut parfois l'être la démocratie dite participative.

La citoyenneté ne doit pas rester à la porte de l’entreprise. Le travailleur doit pouvoir être citoyen au travail, mais aussi citoyen dans son travail. Le droit de négociation est une conquête sociale, qui vient contrebalancer le déséquilibre du rapport entre le salarié et l’employeur par des droits collectifs. Ne nous le laissons pas voler par l’institutionalisation et le formalisme qui le vide de son contenu. Et à cet égard, le débat sur la hiérarchie des normes est très important. On entend souvent que le but c’est de renforcer la négociation à l’entreprise, au plus près. C’est tout l’inverse. En permettant à l’accord d’entreprise d’être dérogatoire par rapport à la loi et à l’accord de branche, on vide la négociation de son potentiel de conquête et on en fait un outil de régression et de chantage à l’emploi.

Souvenons nous. La dernière grande loi qui a renforcé la démocratie sociale, la loi Auroux, créait, en même temps que les IRP, des droits d’expression pour les salariés. Cela démontre bien que l’enjeu ne peut être d’instaurer une pseudo démocratie délégataire en entreprise mais de créer une démocratie d’intervention en permettant aux salariés de se réapproprier leur travail. Et c’est bien ce qui est visé dans la directive secret des affaires. Les informations transmises aux IRP pouvant être considérées comme secret d’affaires, nous ne pourrons plus les transmettre aux salariés. C’est déjà ce qui est à l’œuvre avec les multiples clauses de confidentialité que tente d’imposer le patronat. Pour nous, tout ce qui concerne la vie de l’entreprise doit être porté à connaissance des salariés. Deux poids, deux mesures: d'un côté on nous refuse l’accès et la communication des informations stratégiques, de l’autre, on porte une stratégie populiste de contournement des organisations syndicales, avec, dernière proposition en date, le référendum des salariés pour valider un accord minoritaire et contourner le droit d'opposition des organisations syndicales majoritaires.

3- Notre professionnalisme : de part notre position au travail, nous sommes au cœur du système, nous disposons des informations stratégiques. Nous sommes des grains de sable et l’exemple d’Antoine Deltour suffit à démontrer la force du grain de sable : jeune cadre, les fichiers qu’il a publié ont permis de remettre en cause le système de fraude fiscale et de dumping organisé en plein cœur de l’Europe. Notre position stratégique dans l’entreprise ou l’administration nous permet aussi de disposer de leviers d’actions dont ne disposent pas les autres catégories. Nous avons non seulement la possibilité, en nous mettant en grève, de bloquer la production, mais surtout, au quotidien, en faisant primer l’intérêt général sur les directives des actionnaires, en redonnant sens à notre travail, de le réorienter. Nous pouvons  hacker le système de l’intérieur. C’est ce qu’a fait Antoine Deltour. C’est ce qu’a fait Edward Snowden, informaticien dans une entreprise sous-traitante de la NSA qui a rendu public le système d’écoute généralisé mis en place par les Etats-Unis. Les lanceurs d'alerte interpellent le syndicalisme. Pourquoi en ont ils été réduits à agir seuls? Pourquoi n'ont-ils pas rencontré d'organisation syndicale en capacité de porter leur alerte et leur permettant de rester anonymes? Nous refusons l'alternative imposée aujourd'hui à l'encadrement de se soumettre ou se démettre, l'Ugict revendique un droit de refus et d'alternative.

L'exemple de Volkswagen suffit à démontrer à quel point ce droit est indispensable. Confrontés à des objectifs commerciaux intenables, les ingénieurs ont été contraints d'inventer un moyen de contourner les normes anti-pollution. Des centaines de salariés étaient au courant, rien n'est sorti, étouffé par le management par la peur qui domine dans cette entreprise. L'enjeu est donc bien d'arrimer la responsabilité de l'encadrement à l'intérêt général.

En période d’état d’urgence, où les mots de guerre sont sur toutes les lèvres, intéressons nous au fonctionnement de l’armée. Dans les cas de vie et de mort, agir sur ordre ne peut suffire à effacer la responsabilité individuelle. L'armée a donc été contrainte d'inventer un droit garantissant l'exercice de cette responsabilité. C'est que que le droit pénal appelle la théorie des Baionnettes intelligentes, le devoir de désobéissance du soldat  quand il est confronté à un ordre manifestement illégal ou contraire aux conventions internationales. Pourquoi ce qui est valable dans un secteur dans lequel il n'y a pas de liberté syndicale et peu de  liberté d’expression ne pourrait pas s'appliquer à tous et toutes?!

4 - notre 4ème point d'appui, c'est Internet. C'est la raison pour laquelle l'Ugict a fait du numérique une priorité. Internet, c’est une possibilité sans précédent de communiquer, d'échanger des informations, de s’organiser, en-dehors des fonctionnements pyramidaux. Internet, c’est la possibilité, comme le porte la CGT, de construire des mouvements qui partent du bas, de court-circuiter le verrouillage médiatique. L'enjeu c'est d'empêcher que l’outil ne soit récupéré comme moyen de surveillance généralisé. C'est ce qui nous a conduit, alors que nous aurions pu considérer que le syndicalisme n'était pas concerné, à rassembler une dizaine d'organisations dans une lettre ouverte de soutien à la demande d'asile de Julian Assange, qui fait partie de ceux qui paient très cher son combat pour nos libertés. Avec ce courrier, nous avons fait date, nous avons empêché l'Elysée de balayer la question dans l’indifférence généralisée, nous avons posé les bases de la nouvelle alliance entre le mouvement social et la société civile que l'Ugict veut construire.

Un phrase pour conclure et résumer l'état d'esprit de l'Ugict: ne laissons pas les affaires du monde au monde des affaires

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 Programme des rencontres

 

9h Introduction

aux Rencontres d'Options

 

9h15 Grands témoins 

Démocratie et intérêt général : quels contre-pouvoirs aux multinationales ?

  • Edwy Plenel, journaliste, président et co-fondateur de Mediapart
  • Antoine Deltour, lanceur d’alerte dans l'affaire LuxLeaks
  • Sophie Binet, Secrétaire Générale Adjointe de l'Ugict-CGT

 

10h30 Table Ronde 1

Salariés qualifiés à responsabilité : quelle définition du devoir de loyauté ? 

Animée par Sandrine Foulon, rédactrice en chef adjointe d’Alter Eco

  • Christian Sanchez, Conseiller en développement social, LVMH
  • Jean-Claude Delgenes, directeur de Technologia
  • Laura Pfeiffer, inspectrice du travail de l'affaire Tefal
  • Nicole Marie-Meyer, Transparency international
  • Vincent Gautheron, Ugict-CGT

 

14h Table Ronde 2

Professionnellement engagés et socialement responsables: quels droits et garanties collectives pour les ICT ?

Animée par Stéphane Béchaux, rédacteur en chef de Liaisons Sociales Magazine

  • Sophie Pochic, sociologue
  • Jean-Luc Berard, DRH de Safran
  • Estelle Piernas, UGFF CGT
  • Jean-François Pilliard, ancien Vice-président du MEDEF chargé du pôle social
  • Sylvie Durand, Ugict-CGT

 

16h Conclusions

 

par Sophie Binet,
Secrétaire Générale adjointe de l'Ugict-CGT

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Intervention d'Edwy Plenel

Ne pouvant être présent pour cause de déplacement à l'étranger, Edwy Plenel a quand même à répondre à notre invitation via cette vidéo. Elle fait partie d'une mini-série de 4 entretiens thématiques qui seront publiés sur ce site et sur cgt.fr

 

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Extraits et citations


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Conclusions de la journée


Je tiens pour commencer à remercier nos invité-es et les participant-es qui ont fait le succès de ces rencontres et illustrent de ce que veut construire l’Ugict.

       Permettre le débat contradictoire, parce que nous sommes convaincus que le meilleur moyen de construire ses arguments et propositions c’est de les confronter

  • Lier le mouvement social et la société civile, c’est le sens des initiatives prises par l’Ugict, sur le secret des affaires comme sur le soutien aux lanceurs d’alerte par exemple. Je tiens à remercier de leur présence Antoine Deltour, de Laura Pfeiffer et de Nicole Marie Meyer de Transparency International.
  • Prendre en compte la diversité professionnelle et territoriale, refuser l’entre soi. La large participation à nos rencontres a permis de très riches échanges

Les débats de notre journée, démontrent le besoin de construire du neuf.

Depuis que le statut cadre a commencé à se constituer après la 2nde guerre mondiale, l’encadrement a été confronté à d’énormes évolutions :

  • Une évolution quantitative
  • Une féminisation
  • Une élévation des qualifications et un rajeunissement

Le travail a également évolué avec

  • Des responsabilités de plus en plus complexes
  • Un  rapport au pouvoir différent : auparavant nous avions les responsabilités et le pouvoir, aujourd’hui nous avons le pouvoir sans les responsabilités !

Notre revendication d’un statut de l’encadrement n’est donc ni un statut quo ni un retour en arrière. C’est une revendication de conquête. Nous voulons un statut de l’encadrement du 21e siècle, un statut de la responsabilité et de l’expertise. 

 

Revendiquer un statut pour l’encadrement n’est ni un combat corporatiste, ni un combat catégoriel.

  • Ce n’est pas une revendication corporatiste parce que, comme les débats d’aujourd’hui l’ont montré, cela vise à donner à l’encadrement les moyens d’exercer ses responsabilités. Notre niveau de qualification nous confère une  capacité d’analyse, de critique, d’argumentation et des responsabilités importantes par rapport à la société. Un statut, c’est des droits et des devoirs. Le devoir de l’encadrement, c’est de se positionner par rapport à l’intérêt général. Les débats que nous avons eus aujourd’hui sur la loyauté illustrent de cet enjeu. Le succès de l’affiche que nous avons éditée, disant de façon ironique « Cadres, un devoir de loyauté, la fermer ? » illustre malheureusement de l’instrumentalisation de la notion de loyauté. Nicole Marie Meyer, expliquait ce matin qu’il y a 4 niveaux de loyauté, qui peuvent entrer en contradiction les uns avec les autres : la loyauté vis-à-vis de la famille, de l’entreprise, du pays et de l’intérêt général. Avec le statut de l’encadrement et le droit de refus et d’alternative, nous voulons faire primer le devoir de loyauté à l’intérêt général.
  • Ce n’est pas une revendication catégorielle, car elle vise au contraire, dans le prolongement de l’augmentation de la conscience salariale des cadres, à arrimer l’encadrement au salariat. Les cadres sont des salariés au même titre que les autres, et doivent notamment avoir la même protection sociale. Notons d’ailleurs que contrairement aux caricatures entretenues, déplafonner les cotisations comme les allocations à l’assurance chômage dégagerait un bénéfice net de 700 millions d’euros pour le régime. Maintenir l’encadrement au sein de notre système contributif de protection sociale est donc la meilleure garantie de financement des régimes. Cela n’a pas échappé aux fonds de pensions, assurances et régimes par capitalisation divers et variés et ce n’est pas par hasard si la négociation sur les retraites complémentaires a été présidée côté MEDEF par un assureur.
    Pour nous, le statut de l’encadrement est une pièce structurante du Nouveau Statut du Travail Salarié

 

Nos échanges « dynamiques » d’aujourd’hui, nous ont déjà permis de marquer un premier point. Nous avons bien entendu Jean-François Pilliard nous dire que la question n’est pas d’être pour ou contre un statut pour l’encadrement, mais de définir le statut. Maintenant que tout le monde semble d’accord pour conforter le statut de l’encadrement, définissons-le alors.

 

Un statut interprofessionnel, opposable aux branches,

A l’image du travail réalisé par l’AGIRC sur les conventions collectives de branches pour les affiliations au régime, le statut de l’encadrement doit être défini de façon interprofessionnelle, et l’affiliation doit être assurée par un organisme paritaire interprofessionnel, s’imposant aux branches. Pas question que ce soit le patronat, qui, dans l’entreprise ou la branche puisse décider unilatéralement qui relève ou non de l’encadrement. Alors que le salariat et l’entreprise sont fragmentés comme jamais par la sous-traitance, la filialisation, l’externalisation…, il est totalement anachronique de renvoyer à l’entreprise la négociation et le soin de définir les garanties collectives. Peut-être n’est-ce pas inutile de rappeler que les conventions collectives ont justement été construites pour lutter contre le dumping social, et empêcher les pratiques « anti-concurrentielles ». Dans un contexte où l’injonction à la mobilité, notamment pour l’encadrement, est de plus en plus forte, il y a urgence à assurer le maintien des droits en cas de changement d’employeur. L’enjeu est aujourd’hui de renforcer la communauté de travail en adoptant une définition élargie de l’entreprise, en responsabilisant les donneurs d’ordre, et en renforçant les droits à l’échelle interprofessionnelle – meilleur moyen de simplifier le code du travail d’ailleurs -.

 

Une définition couvrant la diversité de l’encadrement

Le périmètre du statut de l’encadrement doit être défini à partir du contenu du travail, des fonctions exercées par les salarié-es, et de leur niveau de qualification. Il doit couvrir la diversité de l’encadrement, sur la base de l’autonomie, de l’expertise et de la responsabilité.  L’UGICT se battra pour que le périmètre soit au moins équivalent à celui des actuels affiliés à l’AGIRC et à ceux qui relèvent de la section encadrement des prud’hommes. Ces critères, et notamment l’expertise, concernent d’ailleurs une partie des professions techniciennes et intermédiaires. Alors que le niveau de qualification des salariés français n’a jamais été aussi élevé, que les responsabilités sont de plus en plus complexes, l’Ugict refusera que le périmètre du statut de l’encadrement soit limité aux seuls cadres encadrants

 

Un statut arrimant l’encadrement au salariat

Alors que la révolution numérique est instrumentalisée contre le salariat, le statut de l’encadrement doit donner à tous les travailleurs qualifiés, quelque soit leur statut, les mêmes droits et protections. Les progrès technologiques doivent être au service des progrès humains, nous refusons le dumping - souvent initié avec des statuts exotiques pour nos catégories – conduisant à la casse de notre système de protection sociale.  L’élargissement du statut d’auto-entrepreneur, comme la dérèglementation du portage salarial, annoncée au mépris d’un accord unanime des acteurs sociaux annonce l’ubérisation de la France alors qu’il faudrait au contraire faire converger les droits et protections de l’ensemble des travailleurs. Le statut de l’encadrement doit arrimer les salariés qualifiés à responsabilité au salariat. Il s’agit d’une pièce structurante du Nouveau Statut du Travail Salarié que revendique la CGT.

 

Un statut adossé à des droits et réouvrant l’ascenseur social

Le statut de l’encadrement doit permettre aux salariés qualifiés d’exercer pleinement leurs responsabilités. Alors que le repli domine, que notre société est de plus en plus verrouillée avec la conjugaison du déclassement et de la reproduction sociale, le statut de l’encadrement doit permettre de rouvrir des perspectives sociales et professionnelles. Il doit donc être adossé à des droits individuels garantis collectivement autour de 5 aspects :

  • 1- La reconnaissance salariale de la qualification, la garantie d’un déroulement de carrière et un droit à la mobilité. Alors que les écarts salariaux entre les hommes et les femmes sont d’autant plus importants que l’on monte dans la hiérarchie de l’entreprise,  ces dispositions sont fondamentales pour garantir l’égalité F/H et pour lutter contre le déclassement dont sont notamment victimes les jeunes diplômés. A diplôme équivalent, nous savons que le sexe, la couleur de peau et l’origine sociale et géographique des parents discrimine. L’UGICT s’est battue pour sauver et consolider l’APEC, qui doit être le réseau de celles et ceux qui n’en ont pas.
  • 2- Une protection sociale pour garantir la continuité du niveau de vie en cas de retraite, chômage, maladie ou projet familial. Rompre avec les principes contributifs et plafonner les droits de l’encadrement conduirait à les pousser vers l’assurantiel, alors qu’ils sont contributeurs net au régime.
  • 3- L’exercice de leur éthique professionnelle et de leur liberté d’expression, indispensable au plein exercice de leur responsabilité. Pour cela, l’UGICT-CGT propose la mise en place d’un droit de refus et d’alternative (dans lequel s’intègrerait un statut pour les lanceurs d’alerte), pour garantir l’exercice du professionnalisme contre le Wall Street management
  • 4-    Evaluation et management : l’encadrement connaît bien l’évaluation, puisque les salariés qualifiés à responsabilités sont évaluateurs et évalués. Pourtant, ils sont très critiques sur le système d’évaluation et sont une majorité à estimer que l’évaluation n’est ni objective, ni transparente, ni fondée sur les bons critères. Nous revendiquons le droit à une évaluation transparente, fondée sur des critères objectifs et valorisant le collectif de travail, l’autonomie et l’initiative.
  • 5-    Temps de travail : tout travail doit faire l’objet d’un décompte horaire, à priori ou à postériori, les durées maximales de travail et minimum de repos doivent s’appliquer à l’encadrement, comme à l’ensemble des salariés. Je me permets d’ailleurs de rappeler à la ministre du travail que la France a été condamnée par la Cour Européenne des Droits Sociaux, que la cour de cassation a invalidé de nombreux accords sur les forfaits jours et a interpellé à plusieurs reprises le législateur sur l’insuffisance de la loi française. Je le rappelle car il est pour le moins étrange dans ce contexte de proposer d’étendre le forfait jours aux salariés des petites entreprises qui ne sont pas couverts par un accord collectif. Ce qui est à l’ordre du jour c’est un encadrement strict des forfaits jours. Les propositions de l’UGICT sont précises et rédigées et sont sur la table depuis 2 mois. Suite à la campagne lancée par l’UGICT a lancé pour le droit à la déconnexion, nous avons réussi à forcer la ministre à annoncer que ce droit devait être inscrit dans la loi. Reste à empêcher qu’il ne se limite à un effet d’annonce. Alors que les cadres travaillent 44h30 en moyenne et les technicien-nes 42h30, que l’automatisation et la robotisation peuvent supprimer des millions d’emplois, ce n’est pas du « travailler plus pour gagner moins » dont nous avons besoin mais de rouvrir le chantier de la réduction du temps de travail.

 

En 1999, alors que les cadres étaient les oubliés des 35h, qui pensait les voir dans la rue pour exiger une réduction de leur temps de travail ? C’est pourtant ce que nous avons réussi à construire, en nous appuyant sur les nouvelles aspirations de l’encadrement. Résultat, le patronat n’a pas réussi à supprimer le statut cadre. Qui aurait cru il y a 18 mois lorsque nous avons lancé notre campagne pour le droit à la déconnexion, que nous réussirions à forcer la ministre du travail à reprendre cette revendication ? C’est en faisant écho à un vécu et une revendication majoritaire que nous avons marqué ces points, et c’est ce qui nous permettra de gagner sur le statut de l’encadrement.

Les ingénieurs, cadres et techniciens en ont marre d’être les boucs émissaires. Ils en ont ras le bol d’être pointés comme des privilégiés et victimes de choix en matière de fiscalité ou de salaire qui aboutissent au partage de la pénurie au sein du monde du travail, en exonérant le capital. Ils en ont marre de l’être professionnellement, sommés d’exercer des responsabilités sans pouvoir, enfermés entre le marteau et l’enclume

Aujourd’hui confrontés à l’offensive des 1% et de la finance, nous disons tout simplement que nous voulons être professionnellement engagés et socialement responsables, que nous voulons reprendre le pouvoir sur notre travail et nos vies.

Pour conclure, je voudrais revenir sur ce que j’espère être un lapsus de M. Pilliard. Vous nous avez dit, en nous parlant de la négociation sur l’encadrement, que son ouverture était prévue pour 2018. Vous vouliez parler de 2016 bien sûr ? Parce que ce n’est pas 3 ans après la suppression de l’AGIRC, après la remise à plat des branches et conventions collectives qu’il faut nous faire croire qu’on va parler du statut de l’encadrement ! C’est tout de suite que cette négociation doit s’ouvrir, et c’est bien le sens de nos Rencontres d’Options. L’UGICT est prête pour cette négociation, et comme nous savons que nous ne pouvons compter que sur la mobilisation des Ingénieurs, cadres et techniciens, nous irons dès la semaine prochaine, sur les lieux de travail, débattre et consolider avec les salariés nos propositions de statut de l’encadrement.

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Communiqué de presse

L’urgence d’un statut pour l’encadrement


À l’occasion de ses 
Rencontres d’Options, l’Ugict-CGT a rendu public le jeudi 28 janvier ses premières propositions pour renforcer et renouveler le statut de l’encadrement. Lire la suite >>>


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Publié le lundi, 30 novembre 2015 dans Actualités

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