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[FICHE 1] Faire de la révolution numérique un levier de progrès social et environnemental

Plus rapide que les précédentes, la révolution numérique n’en est qu’à ses débuts. Refusant le déterminisme technologique, l’Ugict-CGT a fait de cette question une priorité, convaincue que le sens et le contenu des transformations dépendra du rapport de forces. Producteurs et utilisateurs des technologies, l’enjeu est de donner aux ingés, cadres, techs et agents de maîtrise les moyens de peser sur leur contenu et leurs finalités.

mardi, 24 juillet 2018 | Orientations
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La lettre .info

 Pour schématiser, deux grandes transformations sont à l’œuvre :

- Le développement de l’intelligence artificielle et les nouvelles possibilités de robotisation, notamment dans le secteur des services et sur l’emploi intermédiaire et qualifié ;

- Le développement de l’économie des données, reposant sur un faible nombre de salarié·e·s et une masse d’utilisateurs, peu d’investissements, de production et d’immobilisations matérielles. Plutôt que de parler d’économie collaborative, terme valise utilisé pour parler d’Uber comme des AMAP (associations permettant le lien direct producteur agricole/ consommateur), nous préférons distinguer entre :

    • Le capitalisme de plateforme, accaparé par les
géants du numérique;GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et autres NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, et Uber), transforme les données des utilisateurs en marchandises de grande valeur, ouvrant une nouvelle phase de concentration du capitalisme ;

    • Le coopérativisme de plateforme, ou économie du partage, avec une finalité affichée de progrès social et environnemental, permettant de partager les savoirs et de créer ensemble des biens collectifs ou de les donner et échanger sans but lucratif.


Le numérique impacte l’ensemble des sujets revendicatifs tout comme la vie syndicale, il est donc traité tout au long du document d’orientation. D’un point de vue macro-économique, il nous faut notamment approfondir dans notre organisation et porter les questions suivantes :

- Gagner un débat public sur le périmètre et les conditions de l’automatisation.

- Gagner l’évaluation des gains de productivité pour les placer au service du progrès social et environnemental et notamment de la progression de l’emploi (en réduisant le temps de travail), et de l’amélioration de la qualité du travail.

- Analyser les conséquences de la captation de la valeur induite par l’économie des données. Les GAFAM créent leurs richesses, sans structure industrielle ni salarié.es en captant les valeurs produites par d’autres (clients, utilisateurs, autoentrepreneurs...) et bousculent ainsi profondément les équilibres économiques et professionnels.

- Préserver notre droit du travail et notre modèle de protection sociale des attaques du capital et créer de nouveaux droits pour l’ensemble du monde du travail.

- Réformer la fiscalité avec une taxation de la valeur sur son lieu de création, et la taxation de l’utilisation à des fins lucratives des données publiques ou collaboratives.

- Développer les services publics pour empêcher la fracture numérique : maintenir des lieux d’accueil physiques et téléphoniques et permettre à l’ensemble de la population d’avoir accès au haut débit, voire au très haut débit sur l’ensemble du territoire et aider à l’appropriation des nouvelles technologies, garantir à toutes et tous, notamment aux personnes à faibles revenus - d’avoir l’accès au numérique chez soi.

- Protéger les libertés, avec le contrôle et l’encadrement strict de la collecte et de l’utilisation des données personnelles face aux multinationales et aux dérives autoritaires des États.

- Développer des outils nationaux et européens pour préserver notre souveraineté nationale et nos enjeux stratégiques et industriels face aux hégémonies nord-américaine ou chinoise notamment.

- Protéger l’économie du partage qui doit être, à l’image de l’Économie Sociale et Solidaire, définie de manière précise et contraignante, et doit avoir accès à des financements alternatifs aux fonds spéculatifs tels que le financement public ou participatif non lucratif.

- Soutenir et protéger les « communs », notamment en matière d’accès à la connaissance, garantissant le partage de l’usage d’une ressource et une gestion commune, comme Wikipedia ou les logiciels libres. Limiter les droits de propriété des éditeurs de revues scientifiques pour permettre aux auteurs de diffuser leurs recherches est un exemple de levier pour créer des communs de la connaissance.

- Défendre la liberté d’expression et la neutralité du web, notamment face aux algorithmes qui sous couvert de neutralité sélectionnent et hiérarchisent les informations.

La campagne initiée par l’Ugict-CGT à l’automne 2017 «Construire le numérique autrement» doit nous permettre, au plus près des ICTAM, de porter des revendications permettant de peser concrètement sur le contenu et les finalités de la révolution numérique. Elle doit être déclinée, complétée et adaptée à chaque territoire et profession.

 

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