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Accords de « solidarité » : Où est la solidarité des actionnaires ?

Accords de « solidarité » : Où est la solidarité des actionnaires ?

Depuis quelques jours, les accords dit « de solidarité » se développent dans les entreprises, notamment dans le secteur de la métallurgie. Le principe ? Prélever des jours de congés ou de RTT notamment aux cadres pour maintenir à 100 % la rémunération du chômage partiel des autres salarié·e·s au lieu du minimum de 84 % assuré par l’État.

mercredi, 29 avril 2020 | Communiqués

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La division du salariat  pour mieux protéger les actionnaires

Une belle opération Robin des bois ? Non, un magnifique tour de prestidigitation, qui, sous couvert de solidarité conduit les salariés à définir entre eux les modalités d’un recul de la masse salariale afin de préserver les profits.  

Alors que  les actionnaires captent en moyenne 35 à 40 % de la valeur ajoutée, et que les dividendes versés battent de nouveaux records chaque année, ces accords ne prévoient en général aucune mesure de suppression ni même de baisse des dividendes, qui, à elles-seules, suffiraient largement à assurer le financement du chômage partiel des salarié·e·s.

Rien non plus dans ces accords sur le conditionnement des aides publiques et le suivi de leur utilisation, à l’heure où la loi de finance rectificative accorde 20 milliards d’€ aux grandes entreprises « stratégiques » sur les 110 milliards votés. Quid de l’utilisation de cette masse financière ? Quelles contreparties sociales et environnementales, quand on sait que des entreprises comme Renault ou Air France vont en bénéficier ?

Tour de passe-passe

Dans la métallurgie, les accords de branche prévoient que les salarié·e·s en forfait jour ou heure doivent être rémunérés à 100 % lorsqu’ils sont en chômage partiel, en contrepartie du régime de forfait qui augmente considérablement leur temps de travail[1].

Confronté aux justes revendications de l’ensemble des salarié·e·s à bénéficier des mêmes droits, le patronat procède à un tour de passe passe en les faisant financer par les cadres puis par les autres salarié·e·s ensuite mis à contribution !

Autre cas de figure, dans certaines entreprises les accords visent à faire baisser le montant du chômage partiel pour les cadres. Ainsi, le chômage partiel ne coûte rien à l’entreprise grâce au financement de l’État et des salarié·e·s ! Drôle de conception de la solidarité !  

La casse du collectif de travail

À court terme, ces stratégies de diversion et de mise en opposition peuvent malheureusement fonctionner, surtout lorsqu’elles sont associées à du chantage à l’emploi.

À long terme, elles sont pourtant mortifères et dangereuses car elles fracturent le collectif de travail.

Ainsi, ceux-là mêmes qui imposent des reculs aux salariés au prétexte de compétitivité, hypothèquent l’efficacité économique de long terme des entreprises en divisant le collectif de travail.

Assurer le financement de long terme des entreprises

Au lieu de permettre aux entreprises de supprimer les jours de congés des salarié·e·s, le gouvernement ferait mieux de planifier une politique économique de long terme pour répondre aux besoins sociaux notamment de salaires et d’emploi et financer la transition environnementale.

Ce sont les actionnaires qui sont irresponsables et mettent en danger nos entreprises en exigeant des taux de rentabilité à deux chiffres et des dividendes coûte que coûte.

Rappelons que la justification du dividende est la rémunération du risque... Alors qu’une crise inédite s’abat sur notre économie, le maintien de la distribution de dividendes démontre que ce risque est aujourd’hui, encore une fois, exclusivement supporté par les salarié·e·s.

Plutôt que d’orienter l’épargne des français vers des placements toujours plus risqués et volatiles, le gouvernement ferait bien de créer un pôle financier public, de réorienter le rôle des banques vers le financement de l’économie réelle et de créer un « livret d’épargne emploi-industrie » pour permettre aux entreprises de bénéficier de financements de long terme.

 

[1] Les cadres travaillent en moyenne 44h30 par semaine. Pour les seuls cadres au forfait, le temps de travail hebdomadaire atteint 46h30 !

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